C’est plus facile de parler français quand on est un peu pompette

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Ça y est ; ce dont je me doutais depuis longtemps a enfin été prouvé. Après un verre ou deux, on parle un français plus fluide que lorsqu’on est totalement sobre.

Hehe, ben, oui. Bien sûr, cela n’est pas valable uniquement pour le français, mais pour toutes les langues étrangères. Sans rire, selon une étude récemment parue on parle mieux les langues étrangères lorsque l’on a bu un peu d’alcool. Dans celle-ci, que vous pouvez lire ici, on a testé les effets de l’alcool sur 50 allemands qui parlent le néerlandais. On ne leur en a fait boire que de petites quantités mais le résultat a été sans appel : d’après les hollandais, les allemands qui avaient bu de l’alcool parlaient mieux le néerlandais que ceux qui avaient bu de l’eau.

La capacité à parler une langue est une chose étrange dans le sens où elle varie : certains jours les phrases s’enchaînent comme des pas de danse alors que d’autres jours on s’emmêle les pinceaux. Comme par exemple aujourd’hui à la pharmacie, où je suis entrée en étant un peu dans mes pensées. Á la place d’adresser un franc « bonjour » à la pharmacienne après être arrivée à la caisse, je lui ai dit de manière tout à fait audible « merci ».

La pharmacienne m’a regardée avec un air un peu confus, mais n’a pas rit. Contrairement à moi.

Il y a aussi des jours où le choix des articles et l’ordre des mots surgissent un peu au hasard. Et puis il y a également ces jours où je m’adresse dans un finnois courant aux personnes que je rencontre. J’explique cela par le fait que mon quotidien est partagé en deux. Je parle alternativement finnois à une partie de ma famille et français à l’autre. Et de temps en temps, contre mon gré, les méts se molangent.

Ma fille rigole des bêtises de sa maman et corrige mes erreurs du mieux qu’elle peut. Et quand hier je lui ai demandé de me parler dans un finnois plus correct – ses phrases ont, sans en avoir l’air, commencées à se remplir de mots français – elle m’a répondu :

«  Toi aussi tu pourrais parler mieux français ! ».

Euh oui, c’est vrai… En fait, je parle un très bon français, mais il n’est pas comparable à celui que parlent les locaux, et il ne le sera jamais. Si je n’utilisais pas le finnois pour mes activités de free-lance et que je me rendais chaque jour sur un lieu de travail où l’on parle français, cela m’aiderait sûrement. Et ces journées bizarres durant lesquelles je parle un mauvais français seraient bien plus rares que maintenant.

Mais en l’absence d’un tel lieu, et comme cela a été prouvé, un petit verre de vin pourrait, semble-t-il suffire à me sauver. (Je l’avais déjà remarqué dans plusieurs soirées). Vu que pour l’instant il n’y pas de meilleure solution, cela fera donc l’affaire.

Par contre, cette étude ne fournit pas d’explication au piètre niveau en langue des habitants du pays du vin. D’où cela peut-il venir ? Du fait qu’ils en aient déjà trop bu ?

Traduction du texte original: Julie Dussoliet

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Kuinka erottaa flirtin häirinnästä? Case: Etelä-Ranska / Comment faire la différence entre “draguer” et “harceler” ?

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(Version française à la fin de la page) 

– Madame, haluatteko jälkiruuan?

– Non merci.

– Madame, haluatteko kahvin?

– Non merci.

– Madame, haluatteko suukon?

– Eheheh. Minulla on kaikki hyvin näin.

Kävin keskustelun cannesilaisen ravintolan lounaspöydässä tarjoilijan kanssa. Vielä pari viikkoa sitten olisin unohtanut tuon pienen, hölmön flirttiyrityksen sen siliän tien. Mutta nyt, #metoo-kampanjan aallokossa huomasin suhtautuvani tähänkin, latinokulttuurille kovin tyypilliseen kommenttiin hienoisesti hätkähtäen. Onkohan moinen oikeasti sopivaa?

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Kun näillä Välimeren seuduilla asuu ja matkailee, oppii, ettei tällaisilla – joskus kovin kömpelöilläkin kommenteilla – todellisuudessa ole tarkoitus häiritä, vaan ennemminkin huomioida toista.

Asetetaanpa keskustelu osaksi suurempaa kokonaisuutta. Kuten olen täälläkin kirjoittanut, Ranskassa kiinnitetään ulkoiseen olemukseen paljon huomiota, jo pienestä pitäen. Esteettisyyttä ja kauneutta pidetään yhtenä elämän suurista iloista, niin täällä kuin Italiassa ja Espanjassakin. Siksikin on tavanomaista, että myös ulkonäköä ja vaatteita kommentoidaan suomalaisesta näkökulmasta varsin avoimesti.

Toisaalta ei pidä myöskään unohtaa, että flirttailu kuuluu myös ranskalaiseen kulttuuriin. Täällä myös hakeudutaan mielellään tilanteisiin, joihin voidaan ujuttaa hyppysellinen flirttiä,  vietteleviä kommentteja, “de la séduction”. Sitä saatetaan jopa odottaa toiselta sukupuolelta.

– Madame, vous êtes ravissante ce soir! Madame, olette hurmaava tänä iltana! sanoi tuttu baarinpitäjä taannoin ennen kuin otti tilaukseni vastaan.

Kiittelin, sillä se tuntui se hyvin imartelevalta (ja olinhan minä pentele soikoon laittautunutkin!).  Samalla tiesin toki, ettei baarimikolla ollut taka-ajatuksia: kommentti oli vain hänen tapansa huomioida tänään normaalia paremmalta näyttävä, tuttu asiakkaansa. (Ja olihan aviomieheni sitä paitsi tulossa paikalle.)

Toki vastaan tulee myös niitä hetkiä, jotka joku ehkä laskisi inhottavaksi häirinnäksi. Yksi sellaisista lienee limainen peräänhuutelu.

Mutta myönnän tässä nyt avoimesti, että olin hyvin imarteltu, kun  jokunen vuosi sitten lähdin kotoa ensi kertaa ilman lastenvaunuja liikkeelle ja joku vislasi perään. Raivostuttavaa – ehkä. Mutta kaikkien niiden pitkien verkkahousukuukausien, rintamaidon tahraamien yöpukujen ja puklulta tuoksuvien hiusponnareiden jälkeen minun teki mieleni rientää halaamaan miestä.

Maailmassa oli siis vielä joku gorilla, joka luokitteli minut tässäkin tilassa hemaisevaksi naiseksi!

 

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Comment faire la différence entre “draguer” et “harceler” ? Cas d’étude : Le Sud de la France

– Madame, voulez-vous un dessert?

– Non merci.

– Madame, voulez-vous un café ?

– Non merci.

– Madame, voulez-vous un bisou?

– Euh, non, ça ira. »

Voici la discussion que j’ai eu à la table d’un restaurant cannois avec le serveur.

Quelques semaines plus tôt, j’aurais vite oublié cette petite tentative de drague un peu maladroite. Mais maintenant, avec les remous de cette campagne #moiaussi, je me suis rendue compte que j’ai réagi en sursautant à ce commentaire pourtant tout à fait typique des cultures latines. Mais est-ce que ce genre draguer ainsi est vraiment convenable ?

Quand on voyage ou qu’on habite dans les régions méditerranéennes, on apprend que ces commentaires ne sont en réalité pas destinés à importuner, mais plutôt à montrer que l’autre a été remarqué.

Replaçons cette conversation dans un contexte plus global. Comme je l’ai déjà écrit ici, en France dès le plus jeune âge, on attache beaucoup d’importance à l’apparence. Ici, la beauté et l’esthétique font partie des plus grands plaisirs de la vie, tout comme en Italie ou en Espagne d’ailleurs. C’est pourquoi il est plutôt ordinaire que l’on commente aussi l’apparence et l’habillement d’une manière qui, d’un point de vue finlandais, est assez ouverte.

D’un autre côté, il ne faut pas non plus oublier que draguer fait partie de la culture française. Ici on recherche volontiers une occasion pour ajouter, l’air de rien, une pincée de flirte, des commentaires destinés à séduire. C’est d’ailleurs presque ce qu’on s’attend à entendre de la part de l’autre sexe, en fait.

« Madame, vous êtes ravissante ce soir ! » m’a récemment déclaré un serveur que je connais bien avant de prendre ma commande.

Je l’ai remercié, parce que c’était flatteur (et bon sang, c’est vrai que je m’étais faite belle cette fois-là !). En même temps, je savais bien qu’il n’avait pas d’arrière-pensées : son commentaire était juste une façon de noter que ce jour-là, une cliente qu’il connaissait bien était mieux apprêtée qu’à l’ordinaire. (Et en plus, mon époux était en route pour me rejoindre au restaurant).

Bien sûr, on pourrait opposer à ces moments ceux pendant lesquels quelqu’un commence à nous embêter et à être un peu collant. Un bon exemple pourrait être lorsque quelqu’un nous accoste dans la rue avec des commentaires de mauvais goût.

Mais je l’avoue ici ouvertement, j’ai été très  flattée lorsqu’il y a quelques années en arrière, je suis sortie de la maison sans poussette et que quelqu’un m’a sifflé. Énervant – sans doute. Mais après cette longue période remplie de joggings, de pyjamas tachés de lait maternel et d’élastiques à cheveux aux effluves du vomi du bébé, j’ai eu envie d’aller serrer cet homme dans mes bras.

Il y a donc encore dans ce monde un gorille qui me rangerait dans la catégorie des femmes attirantes.

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On ne peut pas tricher en faisant la bise

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« Aujourd’hui, je ne vous fais pas la bise parce que je commence à avoir le rhume » a déclaré la professeur de yoga au début du cours. Et oui, ici on est en France, donc chaque élève va faire la bise à la professeur de gym avant le début de la séance. Il est socialement acceptable de ne pas faire la bise seulement lorsqu’on est malade.

Avec les années j’ai appris à aimer cette coutume française un peu farfelue.

Souvent, cela oblige les gens à être entièrement présents. Cela oblige à s’arrêter et à prendre en considération celui qui vient à notre rencontre, à lever les yeux de l’écran de son smartphone et à dire « bonjour » personnellement, à chacun. Cela nous oblige tous à nous concentrer un instant sur l’autre. Et donc, en fin de compte, c’est ce qui est le plus important, n’est-ce pas ?

La bise prend même une grande importance dans mon esprit en ce moment, parce que je passe beaucoup de temps seule. J’écris mon prochain livre, ce qui est plutôt un travail solitaire. Chaque jour, les contacts avec les gens me manquent et je me rends compte que j’attends avec impatience même les plus petites interactions sociales : aller au supermarché, aller chercher les enfants à l’école, les loisirs. Et bien entendu, faire la bise. Chacun d’entre nous éprouve un sentiment d’importance quand on lui fait la bise.

Parce que chacun de nous a besoin dans sa vie de marques d’attention pour s’en sortir au quotidien.

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Bon, bien sûr, dans mon cas, la solitude est très limitée. À la maison, les matinées et les soirées sont plutôt bruyantes, je peux serrer dans mes bras les personnes qui me sont chères et partager les ressentis du jour avec ma famille. Mais tout le monde n’a pas cette chance.

Sur Facebook, un ami a partagé une vidéo (ci-dessous) qui avait été postée par The Independent. Dans celle-ci, un homme fait l’expérience de vivre seul pendant une semaine. La fin de la vidéo est particulièrement touchante. Un homme qui a perdu sa femme et qui se sent seul affirme : « La clé serait d’être conscient des autres. »

En effet, combien d’entre nous, dans les embouteillages journaliers, sont vraiment conscients des personnes qui sont autour de nous ? Combien disent « bonjour » à l’inconnu qui marche dans leur direction ? Combien s’arrêtent pour discuter quelques minutes avec une simple connaissance ? Qui s’assoit dans le bus à côté d’une personne seule et entame une conversation ?

En Finlande, j’ai remarqué que les gens sont, il est vrai, souvent conscients des autres mais peut-être pas de la même manière qu’ici. Au Nord, on donne volontiers de l’espace mais moins de proximité.

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